
L’interview qui remet tout à plat et la réponse cinglante de Kojima Productions au rapport de Bloomberg
Le 20 septembre 2026, quelques jours seulement après le Tokyo Game Show où Xbox avait mis PHYSINT et OD en tête d’affiche de sa diffusion, Hideo Kojima a pris la parole. Pas dans un communiqué stérile, pas via un porte-parole : lui-même, face caméra pour IGN et The Washington Post, avec une déclaration officielle de Kojima Productions publiée en parallèle sur X. Le but ? Donner sa version d’une histoire que Bloomberg avait racontée à sa manière dix jours plus tôt, celle d’un jeu « en retard » et « largement au-dessus du budget », jeté par Sony comme un projet trop risqué.
Résultat : une tempête de nuance, de contradictions subtiles et de phrases qui pèsent très lourd. Voici tout ce que Kojima a dit, traduit et décortiqué, avec les déclarations officielles à l’appui.
Le Zoom call de juin : le jour où tout s’est joué (sans qu’on lui donne la raison)
C’est le détail qui change tout dans cette histoire. Kojima raconte que c’est par un simple appel vidéo Zoom que Sony Interactive Entertainment lui a annoncé, en juin 2026, qu’elle ne financerait plus PHYSINT. Un appel qu’il avait d’ailleurs dû reporter à plusieurs reprises :
« En juin, SIE m’a dit qu’ils voulaient avoir un appel Zoom. J’étais très occupé à ce moment-là, je venais de New York pour un événement Prada, puis je suis allé directement à Los Angeles juste après. Mais bon, je suis revenu et on a eu cet appel Zoom. »
À cette table virtuelle : Hideo Kojima, Shinji Hirano (président de Kojima Productions) et Aki Saito (responsable du développement des talents). De l’autre côté, un représentant de Sony que Kojima refuse d’identifier publiquement.
Et là, le point qui fâche : Sony ne lui a jamais donné la raison officielle. Pas de courrier explicatif, pas de note détaillée, pas de « voici pourquoi on coupe ». Juste une notification finale.
« Rien n’aurait pu me préparer à leur décision de se retirer du projet. Je n’avais ni colère ni tristesse. Je me demandais simplement : « Que vais-je faire demain ? » C’était un gros problème pour nous, et je ne pouvais pas le dire au personnel à ce moment-là. »
« Ils ne m’ont plus contacté depuis. »
Ce dernier point est crucial : selon Kojima, depuis cet appel de juin, plus aucun dialogue n’a eu lieu avec Sony sur les raisons du retrait. Pas une explication écrite, pas un appel de suivi, rien. Juste la notification, puis le silence.
« C’est le titre le plus vendeur que je pourrais créer » : l’incompréhension totale
Face au Washington Post, Kojima est encore plus direct sur ce qui l’a choqué. Pour lui, PHYSINT n’avait aucune raison de figurer sur une liste d’annulation :
« On ne comprenait pas. Jim Ryan avait déjà pris sa retraite, mais je pensais que c’était un projet sur lequel Sony Interactive Entertainment et moi étions tombés d’accord pour travailler ensemble. »
« C’est le titre le plus vendeur que je pourrais possiblement créer. Je ne pensais pas que PHYSINT figurerait sur la liste des annulations. »
Ce dernier point est une pique indirecte mais très claire : Kojima sous-entend que, contrairement aux Death Stranding (qui auraient « raté les attentes commerciales » selon Bloomberg), PHYSINT était censé être le gros coup commercial de sa carrière post-Konami, le retour à l’infiltration Metal Gear, le genre qui a fait sa légende.
Il précise aussi un détail qui pèse lourd : c’est avec Jim Ryan, ancien PDG de Sony Interactive Entertainment (parti en retraite), qu’il avait « serré la main » sur ce projet. L’implication est claire, le changement de direction chez Sony a changé les règles du jeu, et Kojima n’a pas été mis au courant avant qu’il soit trop tard.
Le choc : un studio indépendant qui pouvait tout perdre
C’est peut-être le passage le plus humain de l’interview. Kojima admet que la menace réelle n’était pas juste « perdre un éditeur », c’était voir son propre studio disparaître :
« On est un studio indépendant. Ça veut dire que s’ils ne peuvent pas nous financer, notre studio pourrait s’effondrer. »
« Tant de gens qui sont passés indépendants et ont créé un nouveau studio ont eu du mal à vraiment réussir. Si mon studio ferme aussi, ça donnera encore plus de raisons aux gens de ne plus aller vers les studios indépendants. Je voulais rester ferme pour les indies, donc j’avais besoin de trouver un nouveau partenaire. »
« C’est le 10e anniversaire de mon studio. Mon studio pourrait s’effondrer, non ? »
Ce passage explique pourquoi Kojima a gardé le silence face à ses équipes pendant un temps : il ne pouvait pas annoncer l’annulation sans avoir déjà une solution pour ne pas licencier personne. Et c’est exactement ce qu’il a fait, aucun licenciement, les équipes ont été redirigées vers OD, avec une petite équipe qui continue sur PHYSINT en attendant la stabilisation du nouvel éditeur.
La réponse à Bloomberg : « Prenez ça avec une dose de scepticisme »
Le 20 septembre, Kojima Productions publie un communiqué officiel sur X pour répondre au rapport de Jason Schreier (Bloomberg) qui avançait que PHYSINT avait manqué des deadlines et était « en voie d’être largement au-dessus du budget ». Le ton est mesuré mais ferme :
« Vous avez peut-être vu un récent article mentionnant Kojima Productions, spéculant sur les raisons du changement de partenaire éditeur pour PHYSINT. Normalement, nous ne commenterions pas des spéculations non étayées sur Internet, mais ces allégations concernant notre relation avec PlayStation, la performance commerciale de la franchise Death Stranding, et le plan de production global et l’investissement pour PHYSINT ont dépassé les murs du studio et ont touché nos fans, nos partenaires créatifs, et les collègues avec qui nous travaillons depuis trois décennies. »
« Aucune des affirmations écrites ne provient d’une source officielle ou on-the-record, et nous vous encourageons donc à les prendre avec une dose de scepticisme. »
« Ne vous méprenez pas : c’était une situation sérieuse pour le studio, avec un éventail d’implications potentiellement significatives. Bien que nous reconnaissions que l’article ait pu causer de l’inquiétude, nous tenons à vous rassurer tous, pour les records : le studio est en bonne santé financière et rentable, le développement de PHYSINT continue d’avancer avec Xbox, et notre relation avec PlayStation reste solide. »
Ce qui est remarquable ici : Kojima Productions ne dément pas les chiffres de Bloomberg (budget, deadlines). Ils disent simplement que ces affirmations n’ont pas été faites « on the record », donc qu’il faut les prendre avec prudence. C’est une réponse diplomatique mais qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.
La riposte de Jason Schreier
Le journaliste de Bloomberg a répondu publiquement sur Bluesky :
« J’ai vu la déclaration de Kojima Productions aujourd’hui, elle ne conteste aucun de nos éléments, donc je n’ai pas grand-chose à ajouter là-dessus. Mais j’ajouterai tout de même que (comme je l’ai dit il y a quelques semaines), l’annulation de PHYSINT est survenue après plusieurs mois de négociations entre KoPro et Sony. Ce n’est pas tout à fait arrivé de nulle part. »
« Je ne sais pas si la menace d’annulation a été évoquée, mais les négociations portaient sur des deadlines manquées et les fondamentaux du projet, pas juste des trucs tangentiels. »
« J’aime Sony » : la main tendue qui évite une guerre publique
Malgré tout, Kojima insiste lourdement, presque trop lourdement pour que ce soit anodin, sur le fait qu’il n’est pas en conflit avec Sony :
« De mon côté, j’adore Sony. Et je n’ai aucune rancœur contre eux parce que je sais que c’est une période difficile pour l’industrie du jeu vidéo. Cela fait environ 30 ans que je travaille avec eux… M. Ken Kutaragi, M. Hirai, j’étais proche d’eux. Nous ne sommes pas en conflit. Nous ne nous battons pas contre eux. »
« Les corporations sont comme des êtres vivants. On n’est pas en dispute. On ne se bat pas contre eux. »
C’est une différence majeure avec sa séparation de Konami en 2015, qui avait été publique, amère et très médiatisée. Cette fois, Kojima veut protéger la relation plutôt que de l’enterrer. Mais le message est clair : il aurait aimé être prévenu plus tôt.
« On a travaillé ensemble pendant 30 ans et on a cette relation. Donc si c’était ça la conclusion, j’aurais voulu l’entendre un peu plus tôt. Mais à cette réunion en juin, ils nous ont juste donné la notification finale. »
Le pitch à Xbox : « Jamais vu un pitch comme celui-là ! »
Kojima raconte comment il a immédiatement contacté Xbox après le Zoom call de juin, et comment la réponse a été instantanée :
« J’ai approché Xbox et ils ont été super. Ils pouvaient nous soutenir techniquement. Et aussi, on travaillait déjà avec eux sur OD, donc on avait déjà une connexion. J’ai fait un vrai pitch de PHYSINT à eux. Et leur première réaction était du genre : « Ce pitch est fantastique. On n’a jamais vu un pitch comme ça ! » Et c’est comme ça que ça a commencé avec Xbox. »
« La plus grande chose [sur la vision commune d’Xbox et Kojima Productions], c’est qu’ils ne pensent pas juste financer un jeu. Ils pensent films et anime. C’est plus sur l’IP. Créons une nouvelle IP. Et c’est à une échelle plus grande, si on peut dire. Et peu d’autres éditeurs ou développeurs de jeux ont ce genre de vision. »
Ce passage est important : il confirme que Xbox a un droit de regard sur l’utilisation globale de l’IP PHYSINT, pas juste le jeu, mais les dérivés cinématographiques et animés. C’est un compromis que Kojima n’a probablement pas fait avec Sony, ce qui explique peut-être pourquoi la négociation a échoué d’un côté et réussi de l’autre.
L’état réel du développement : beaucoup plus tôt qu’on ne le croit
Un point crucial que Kojima confirme dans les deux interviews : PHYSINT est encore très, très en amont. Contrairement aux rumeurs qui parlaient d’un jeu « en retard », la réalité est différente :
- Le scénario et le concept sont écrits, avec des storyboards complets.
- Les modèles 3D des acteurs ont commencé à être créés (y compris Bill Skarsgård, confirmé cette semaine au casting).
- Mais le moteur n’est pas choisi : « Je suis encore en expérimentation. »
- Le système de jeu et l’IA ennemie sont en phase d’expérimentation.
- L’équipe est encore très petite, une partie ayant été redirigée sur OD.
« Je dois changer l’histoire selon comment l’expérience du jeu fonctionne. Donc ce n’est pas comme si on était prêts à partir, ou comme si c’était déjà une grosse équipe. »
Sur la question du moteur Decima (celui de Guerrilla Games, utilisé pour Death Stranding), Kojima répond : « Je suis encore en expérimentation. » Rien n’est décidé.
Et PHYSINT sur PS6 ? La réponse qui n’en est pas une
Questionné par IGN sur le fait que le jeu pourrait un jour revenir sur PlayStation (la prochaine génération, PS6), Kojima a donné la réponse la plus diplomatique possible :
« Je n’ai pas la réponse à cette question, c’est plutôt une question pour Xbox. Mais je ne sais pas avec certitude. Dans les mises à jour précédentes d’Xbox, j’avais l’impression qu’ils ont ce genre de position où ils veulent livrer au plus grand nombre de gamers possible, peu importe la plateforme. Je pense que tout ça sera annoncé plus tard. Je n’en suis pas sûr encore, et je ne peux vraiment pas dire. »
Traduction : on ne sait toujours pas. Mais le fait qu’il renvoie la balle à Xbox plutôt que de confirmer ou démentir une exclusivité est en soi un signal.
Ce que tout ça veut dire concrètement
Pour Kojima Productions
- Le studio est « sain et rentable » (déclaration officielle).
- Aucun licenciement n’a été nécessaire.
- Les deux projets majeurs (PHYSINT + OD) sont désormais financés par Xbox.
- La relation avec PlayStation « reste solide », même si plus personne ne parle depuis juin.
Pour Sony / PlayStation
- Kojima n’accuse pas, mais il dit clairement qu’il aurait aimé être prévenu plus tôt.
- Le fait que Jim Ryan (qui avait validé le projet) ait pris sa retraite est mentionné à deux reprises, ce qui sous-entend que la nouvelle direction de SIE a des critères différents.
- Sony n’a pas répondu publiquement aux interviews de Kojima, mais son silence est en soi une réponse.
Pour les joueurs
- PHYSINT n’est pas « annulé » : il change d’éditeur et continue.
- Le jeu est encore très tôt dans le développement, pas avant 2027, probablement plus tard.
- Bill Skarsgård est confirmé au casting principal (annoncé lors du TGS 2026).
- Les plateformes exactes ne sont pas confirmées, mais Xbox a une politique « livrer au plus grand nombre ».
Timeline complète mise à jour
| Date | Événement |
|---|---|
| Janvier 2024 | PHYSINT révélé au State of Play PlayStation |
| Juin 2025 | Death Stranding 2 sort sur PS5 (~1M copies en 2 mois) |
| Mi-juin 2026 | Appel Zoom : SIE notifie Kojima Productions du retrait de financement. Aucune raison officielle donnée |
| Juin – Août 2026 | Trois mois de négociations avec Xbox (relation préexistante via OD depuis 2022) |
| 9 septembre 2026 | Annonces publiques : Sony se retire, Xbox prend la publication |
| 11 septembre 2026 | Rapport Bloomberg : budget explosif, deadlines manquées, ventes DS2 décevantes |
| 18 septembre 2026 | TGS 2026 : Xbox met PHYSINT et OD en tête d’affiche. Bill Skarsgård confirmé au casting |
| 20 septembre 2026 | Kojima s’exprime (IGN + Washington Post). Déclaration officielle KoPro sur X. Schreier répond sur Bluesky |
En résumé : qui a raison ?
La vérité est probablement entre les deux versions :
- Bloomberg dit : le projet était en retard, au-dessus du budget, et Death Stranding n’a pas rapporté assez pour justifier un troisième investissement.
- Kojima dit : on ne m’a jamais donné la raison, c’était inattendu, et PHYSINT est le titre le plus vendeur que je puisse créer.
Les deux peuvent être vrais à la fois. Un jeu peut être « en retard » sans que ça soit une catastrophe, surtout si le studio n’est pas encore en pleine production (ce qui semble être le cas). Et un éditeur peut décider de couper pour des raisons budgétaires tout en ne jamais formulant cette raison au créateur du projet, préférant un « on se retire » diplomatique.
Ce qui est certain : Kojima a gagné la bataille de l’image. Il sort de cette histoire comme un artiste blessé mais digne, qui protège son studio et ses équipes, tandis que Sony apparaît comme une machine qui coupe sans expliquer. Et Xbox, elle, encaisse le coup de prestige, avec un Kojima qui dit « j’aime Sony » tout en signant chez eux pour deux jeux et du cinéma.
Article rédigé le 21 septembre 2026, basé sur les interviews IGN et The Washington Post (20 sept.), la déclaration officielle de Kojima Productions sur X, la réponse de Jason Schreier (Bluesky), et les couvertures de Push Square, Eurogamer, GamesIndustry.biz, Polygon, Gamekult et This Week in Video Games.
Sources
- https://www.pushsquare.com/news/2026/09/i-love-sony-kojima-unsure-if-physint-will-ever-come-to-ps6-hasnt-decided-on-decima-engine
- https://www.eurogamer.net/hideo-kojima-loves-sony-playstation-physint
- https://thisweekinvideogames.com/news/kojima-shares-recollection-of-physint-cancellation-encourages-scepticism-over-bloomberg-report/
- https://www.gamesindustry.biz/hideo-kojima-couldnt-understand-why-physint-would-be-on-the-list-of-being-cancelled-by-sony
- https://www.polygon.com/physint-report-skepticism-kojima-productions-statement/
- https://insider-gaming.com/physint-canceled-on-zoom-call/
